About my life in Armenia, about being a mom and an activist, working for women's rights.
The challenges and benefits of raising a family in a post-soviet republic.
Finding a place, my place and calling it HOME.
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9.12.09

artashat des femmes


Femmes réunies autour de cette table
Silencieuses et sages
Combien de temps encore avant que vous osiez
Parler, crier, dénoncer

Le conformisme vous ronge les entrailles
Sortez vos griffes de temps en temps
Parlez
Artashat m’étouffe
Avec ses bâtisses insolentes

Nvart parle la première
“On ne veut pas prendre des femmes au travail
Puisqu’elles peuvent quitter à chaque instant
Les enfants, la maison, le mari
De bonnes raisons pour ne pas prendre le travail au sérieux.
Un homme le fait rarement
Il quittera plus vite sa famille que son travail”

Je déteste ce bâtiment républicain
Les escaliers en poussière
Les salles froides et inhumaines
Ces tables de séminaire austères
Je crois vraiment qu’un jour
Il faudrait tout bruler
Réanimer  la terre qui nous endure
se débarrasser des déchets
qui dérangent le progrès.

Il parait que la grippe fait ravage partout
En Arménie, on hausse le prix des médicaments
Le profit avant l’humain.

Arax pense que parfois les traditions sont importantes
Elles élèvent la nation dans les cieux
Elles nous empêchent de disparaître à travers le temps.

Ces femmes m’ennuient par la petitesse de leurs idées
Par la grandeur de leur ego
Je ne sens aucune empathie envers elles
pour la première fois de ma vie.
J’ai envie de quitter cette place
Pour ne pas sombrer dans une mélancolie incurable

Gohar persévère avec difficulté
Je reste pour elle. 

14.8.09

histoires shushiesques de femmes- 1ere partie

Nano avait 15 ans quand la guerre s’est terminée et Shushi essayait de reprendre des couleurs. Elle ne savait rien de ces ruelles. Elle essayait d’oublier la peur, le danger. Elle voulait s’adapter à cette ville de fantômes.

La mère ne voulait rien savoir. Elle avait un regard vide, qui mettait Nano dans une complète désuétude. Elle venait d’une grande ville lointaine, dont elle ne prononcerait plus jamais le nom. Elle ne voulait plus rien savoir du passé, du présent et du demain. Elle roulait ces cheveux gris en une petite couronne et essayait de lisser sa jupe noire plissée aux cotés. Elle regardait souvent les paumes de ses mains vieillies les serrait fort pour cacher les souvenirs, les peines, les blessures. Puisque ces mains avaient fait tellement de choses dont elle n’était pas fière. La vie parfois nous emmenait vers des recoins sombres ou la réalité devient tout autre ou les conventions n’existent plus, ou la dignité est échangée facilement pour sauvegarder la vie incurable.

-Maman je reviens tout de suite, ça ne sera pas long, je t’assure. Dadi Arus a dit qu’on pouvait trouver de belles tasses en céramique pour le thé. Je reviendrai avant le soir, t’inquiète pas ma chérie.

Nano savait très bien que sa mère adorait le thé et toute la cérémonie qui entourait cet élément important qui demeure le seul inchangé de toute sa vie. Mais elle savait aussi combien elle détestait boire ce thé dans ces petites tasses en métal que quelques soldats avaient laissé derrière eux avant de partir vers le front. Le métal donnait un gout amer au thé et la frustration était insupportable. Nano savait que sa mère ne sourirait plus jamais, par peur peut-être de montrer ses dents jaunies. Mais elle savait aussi que ce thé bu dans une belle tasse de céramique lui changerait un peu les idées et lui donnerait espoir que la vie peut encore être agréable.

La gigouli attendait au coin de la rue. Une petite verte ancienne avec des sièges en cuir noir. Dadi Arus s’impatientait.
- Nano jan, vite aghchi jan, il faut être de retour avant la nuit, sinon…
Nano s’est vite lancée dans la gigouli et hop la petite voiture a disparu derrière les immeubles en lançant au passage toute la poussière du monde.
La mère n’avait pas trop d’attentes pour le futur. Tout semblait noir en ce moment, même le sourire de sa fille si joyeuse l’attristait énormément.